Un parent âgé met en vente un meuble sur Leboncoin. En quelques heures, un acheteur enthousiaste le contacte, propose de payer immédiatement et envoie un lien pour « confirmer la transaction ». Le piège est tendu. Les personnes vulnérables, moins familières avec les codes du numérique, représentent une cible privilégiée pour les escrocs actifs sur les plateformes de petites annonces.
Pourquoi les proches vulnérables sont des cibles sur Leboncoin
La plupart des articles sur l’arnaque sur Bon Coin listent les techniques de fraude. Ils oublient un angle central : ce qui rend un vendeur vulnérable face à un faux acheteur n’est pas un manque d’intelligence, mais un décalage d’usage.
Une personne âgée ou isolée utilise souvent Leboncoin comme elle utiliserait un journal de petites annonces. Elle fait confiance à l’interlocuteur, répond aux messages avec bonne foi, et ne soupçonne pas qu’un lien envoyé par SMS puisse mener à une page frauduleuse.
Les escrocs exploitent précisément cette confiance. Ils adoptent un ton poli, rassurant, parfois même affectueux. Ils créent un sentiment d’urgence (« je paye tout de suite, ne vendez pas à quelqu’un d’autre ») qui pousse la victime à agir vite, sans vérifier.
Un isolement qui aggrave le risque
Quand un proche vit seul, il n’a personne à qui montrer un message suspect avant de cliquer. L’absence de regard extérieur est le premier facteur de vulnérabilité. C’est là que l’entourage familial joue un rôle de filtre, à condition d’avoir anticipé la situation.

Faux acheteurs sur Leboncoin : les scénarios qui piègent les vendeurs
Vous avez déjà remarqué qu’un message d’arnaque ressemble souvent à un message normal ? C’est voulu. Voici les scénarios les plus fréquents qui visent les vendeurs, en particulier ceux qui maîtrisent peu les outils numériques.
Le lien de paiement envoyé par SMS ou WhatsApp
L’acheteur fictif se dit prêt à payer via le « système sécurisé Leboncoin ». Il envoie un lien par SMS ou par une messagerie externe. Ce lien ouvre une page qui imite l’interface de la plateforme. La victime y saisit ses coordonnées bancaires, pensant recevoir un paiement. En réalité, Leboncoin n’envoie jamais de lien de paiement par SMS. Le vrai système de paiement sécurisé fonctionne exclusivement depuis l’application ou le site officiel.
Le chèque de banque d’un montant supérieur
L’acheteur envoie un chèque qui dépasse le prix convenu. Il demande ensuite un remboursement de la différence par virement. Le vendeur, de bonne foi, transfère l’argent. Quelques jours plus tard, la banque rejette le chèque : il était faux. Le vendeur a perdu la somme virée et parfois l’objet vendu.
Le faux transporteur
L’escroc prétend habiter loin et propose d’envoyer un transporteur récupérer l’objet. Il demande au vendeur de payer des « frais de livraison » remboursables, ou envoie un faux bon de commande. Une personne peu habituée aux transactions en ligne ne détecte pas toujours l’incohérence.
Protéger un proche des arnaques Leboncoin : les gestes concrets
Dire « fais attention » ne suffit pas. Un proche vulnérable a besoin de repères simples, répétés, et si possible mis en place avant qu’une annonce soit publiée.
- Configurer l’annonce ensemble : publiez l’annonce avec votre proche, en activant le paiement sécurisé intégré à Leboncoin. Montrez-lui où se trouve la messagerie officielle et expliquez que toute discussion doit rester sur la plateforme.
- Établir une règle de vérification : convenez que votre proche vous appelle ou vous envoie une capture d’écran avant d’accepter un paiement ou de cliquer sur un lien reçu. Ce réflexe simple bloque la majorité des tentatives.
- Privilégier la remise en main propre : pour les objets du quotidien (meubles, électroménager, vêtements), la transaction en espèces lors d’une rencontre physique dans un lieu public reste le moyen le plus sûr. Pas de lien, pas de virement, pas de chèque.
- Installer un bloqueur d’appels et de SMS frauduleux sur le téléphone de votre proche. Plusieurs applications gratuites filtrent les numéros signalés comme arnaqueurs.

Signalement et recours après une arnaque sur Bon Coin
Si votre proche a déjà été victime, la réaction doit être rapide. Le délai compte pour limiter les dégâts financiers et augmenter les chances de récupérer les fonds.
La démarche recommandée en cas d’escroquerie avérée via Leboncoin combine plusieurs actions simultanées : signaler l’annonce ou le profil frauduleux directement sur la plateforme, puis déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Le dépôt de plainte est indispensable pour toute procédure de remboursement bancaire.
Contactez aussi la banque de votre proche sans attendre. En cas de phishing (coordonnées bancaires saisies sur un faux site), la banque peut bloquer les opérations suspectes et parfois initier une procédure de remboursement.
Le cadre juridique a évolué
Depuis février 2024, le règlement européen Digital Services Act (DSA) s’applique pleinement aux plateformes comme Leboncoin. Ce texte renforce les obligations de modération et de traitement des signalements d’arnaques. En France, la supervision est assurée conjointement par l’Arcom, la CNIL et la DGCCRF. Concrètement, Leboncoin doit traiter les signalements plus rapidement et informer clairement sur le statut des vendeurs (particulier ou professionnel).
Anticiper plutôt que réparer : une conversation à avoir en famille
La meilleure protection contre les faux acheteurs sur Leboncoin ne passe pas par un logiciel, mais par une discussion franche. Expliquez à votre proche, sans le infantiliser, que les escrocs ciblent les vendeurs qui répondent vite et qui font confiance aux apparences.
Montrez-lui un exemple concret de message frauduleux. Faites-lui repérer les signaux : demande de contact hors plateforme, urgence artificielle, lien externe, montant de chèque supérieur au prix. Un vendeur averti détecte ces signaux en quelques secondes.
Si votre proche vend régulièrement sur les plateformes de petites annonces, envisagez de gérer les messages ensemble pendant les premiers jours après la publication. Ce temps d’accompagnement initial réduit considérablement le risque d’arnaque, sans priver la personne de son autonomie.
