Aucun chiffre ne met tout le monde d’accord : la naissance du streetwear échappe à la ligne droite. Les spécialistes s’accordent à reconnaître un brassage d’influences, entre la côte californienne, le Bronx et les skateparks. Preuve vivante de ce flou, des marques lancées dès les années 1970 revendiquent leur place avant les géants qui feront la une dans les années 1990.
Avant de faire trembler les podiums, les premières pièces phares du streetwear sont nées pour la rue et les journées sans codes. Ce style s’est construit sur des règles précises, des alliances inattendues et une dynamique de renouvellement qui renouvelle sans cesse le paysage de la mode urbaine.
Aux origines du streetwear : quand et comment tout a commencé
Impossible d’écrire la histoire du streetwear sans évoquer la fusion de plusieurs cultures urbaines. Durant les années 1970 et 1980, entre Los Angeles et New York, ce sont d’abord les rues qui dictent leur loi vestimentaire. Sur la côte Ouest, le surf et le skate imposent leur décontraction ; à l’Est, le hip-hop et le graffiti explosent. On croise des noms qui deviendront mythiques : Shawn Stussy, qui passe de surfeur à fondateur de la marque Stüssy, ou Dapper Dan, autodidacte qui signe des pièces uniques à Harlem.
Chez Dapper Dan, la mode s’invente sur-mesure, inspirée par le luxe mais pensée pour la rue, à une époque où Harlem bouillonne d’idées neuves. À l’opposé du pays, la culture surf et skate façonne un style plus relâché, incarné par Stüssy et son lettrage devenu culte. En 1994, la boutique Supreme de James Jebbia s’installe à New York, rassemblant artistes, skateurs et rappeurs autour d’une vision radicale du vêtement.
Voici quelques figures et labels qui symbolisent cette période fondatrice :
- Stüssy : pionnière dans la fusion du surf, du skate et de l’esthétique urbaine.
- Dapper Dan : le créateur autodidacte qui dynamite les conventions du hip-hop avec des tenues surchargées et hybrides.
- Supreme : l’adresse où la mode urbaine se réinvente, fédérant toute une génération new-yorkaise.
Le streetwear germe ainsi, loin de toute initiative des grands défilés. C’est un mouvement d’appropriation : des jeunes, avides d’affirmer qui ils sont et ce qu’ils refusent, créent leurs propres signes distinctifs. Cette mode raconte l’envie d’être soi, la force des marges et la créativité sans contrainte.
Pourquoi le streetwear a-t-il bouleversé les codes de la mode ?
Le streetwear ne se contente pas de secouer la mode, il la défie. Traditionnellement, le vêtement dictait la norme ; ici, il devient l’étendard d’une identité, d’une liberté. Le confort, les coupes amples, l’expression personnelle et l’audace prennent le pas sur les règles établies. La rue s’impose, abolit les séparations entre luxe et quotidien, entre ce qui “se fait” et ce qui dérange.
La stratégie de la rareté, éditions limitées, collaborations exclusives, renverse la donne : le vêtement se fait objet de désir, parfois inaccessible. Les grandes maisons, Louis Vuitton, Dior, Gucci, Balenciaga, flairent la vague. Elles multiplient les partenariats, ouvrent leurs portes à des créateurs issus de la culture urbaine : Virgil Abloh chez Louis Vuitton, Demna Gvasalia chez Balenciaga par exemple.
Le streetwear modifie aussi la façon dont la société pense l’inclusivité et la diversité. Il se porte sans distinction de genre, refuse les cases, mise sur la pluralité des corps et des histoires. Ce nouveau terrain attire une jeunesse mondiale, en quête de liberté et d’authenticité. D’un phénomène réservé à quelques initiés, le streetwear devient un langage universel : il propose de choisir l’identité et la créativité plutôt que l’uniforme imposé.
Des styles multiples : influences, looks et tendances clés
À chaque coin de rue, le streetwear se décline différemment. Cette mode absorbe la culture urbaine sous toutes ses formes : hip-hop, skate californien, surf, graffiti et street art s’entremêlent pour façonner des silhouettes mouvantes.
Quelques éléments incontournables illustrent cette diversité :
- Les sneakers : plus que de simples chaussures, elles deviennent des objets de collection, parfois uniquement accessibles lors de sorties très limitées.
- Les jeans larges, sweatshirts XXL, hoodies et pantalons cargo : des vêtements pensés pour l’aisance et l’affirmation de soi.
- Les casquettes, bobs, sacoches ou bananes : des accessoires à la fois utiles et marqueurs d’originalité.
L’esprit DIY (do it yourself) et la customisation traversent tout le mouvement : personnaliser, détourner, inventer, voilà le mot d’ordre. La superposition, ou layering, permet d’oser des associations inattendues. On mixe les styles : un jogging technique sous une chemise ample, un bomber sur un manteau oversize. Rien n’est figé, tout s’expérimente.
Le streetwear emprunte aussi à la musique, au cinéma, à l’art contemporain. On retrouve l’influence de créateurs comme Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat ou Keith Haring dans les motifs, les couleurs, les graphismes. Portée par le dynamisme des réseaux sociaux, la tendance ne cesse d’évoluer. L’unicité, la praticité et l’affirmation de soi restent ses boussoles.
Marques cultes et figures emblématiques qui ont marqué l’histoire du streetwear
Certaines marques et personnalités incarnent l’évolution du streetwear. Sur la côte ouest, Shawn Stussy et sa marque Stüssy marquent les années 1980 par une fusion sans précédent entre surf, skate et esthétique urbaine. À New York, James Jebbia crée Supreme en 1994 : boutique confidentielle, sorties limitées, identité visuelle forte. Le streetwear prend alors l’allure d’un phénomène mondial, où la rareté s’impose comme nouvelle norme.
Quelques noms et labels illustrent la richesse de cette histoire :
- A Bathing Ape (BAPE), créée par Nigo à Tokyo, marque les esprits avec ses motifs camouflage et ses collaborations surprenantes.
- Off-White, lancée par Virgil Abloh, repousse les frontières du luxe et de la rue.
- Yeezy, imaginée par Kanye West, propulse la sneaker dans le domaine de la spéculation et du design de pointe.
D’autres figures laissent leur empreinte : Dapper Dan redéfinit le luxe à Harlem en réinterprétant les codes des grandes maisons pour la scène rap. Palace à Londres, Pigalle à Paris, offrent au streetwear une dimension européenne. Les géants historiques comme Nike, Adidas ou Jordan Brand multiplient les collaborations et façonnent la rencontre du sport, de la musique et de la mode.
Des artistes tels que Kanye West, Jay-Z, Rihanna ou Travis Scott deviennent les porte-voix de cette culture, chacun apportant sa vision et son audace. Le streetwear, porté par ces personnalités et ces labels, s’invente et se réinvente, génération après génération, sans jamais trahir son esprit originel : celui d’une mode créée par la rue, pour la rue.

